Le Nigeria prochain pôle de construction automobile de l’Afrique ?

Selon une étude de PricewaterhouseCoopers, le Nigeria devrait devenir le prochain hub de l’automobile en Afrique d’ici 2050. Selon le résultat des analyses conduites par la firme d’audit et d’analyse, les réformes structurelles effectuées par le gouvernement ont en effet eu un impact positif sur le secteur. De telle sorte qu’on puisse envisager qu’à moyen terme le pays puisse y occuper une place de choix sur le continent africain.

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« Nous nous attendons à une progression réelle du parc automobile à plus de 25 millions de véhicules, malgré des prévisions de croissances moins vigoureuses entre 5,4% et 4,6% à l’horizon 2050.  Cette évolution sera tirée par une hausse de la demande, impulsée par  l’augmentation du nombre de personnes actives et un important marché en pleine croissance », estime ainsi PricewaterhouseCoopers. Selon de nombreuses estimations, le Nigeria pourrait être également le troisième pays le plus peuplé de la planète à l’horizon 2050.

PwC estime également que les réformes effectuées par le gouvernement du Nigéria faciliteront le développement des mécanismes locaux de production, d’assemblage et de vente de pièces détachés. De plus, à l’appui de divers scénarios d’évolutions de la croissance économique, la firme considère que les véhicules d’occasion vétustes devraient en grande partie pouvoir être éliminés entre 2035 et 2045.

La production locale d’automobile n’est certes pas une nouveauté pour le Nigéria, mais ces dernières années, des coûts industriels importants liés à des défis structurels (énergie, transport) ont contribué à affaiblir  le secteur.  En juillet 2015, Honda a démarré une unité d’assemblage de voitures dans le pays, le site constituant sa première usine de production automobile sur le continent. Le groupe nippon, déjà présent dans la production de motos au Nigeria depuis les années 80, avait alors indiqué que sa nouvelle unité de production devrait assembler des Accord avec une capacité annuelle de 1 000 voitures.

Le choix de Honda d’installer une unité d’assemblage au Nigeria rejoignait alors celui annoncé par près d’une douzaine de constructeurs automobiles, depuis l’imposition d’une taxe de 35 % imposée sur les véhicules neufs importés dans le pays – en plus des 35 % de droits de douane – en vigueur depuis juillet 2014.

Ainsi, en guise de réaction à de telles mesures, Peugeot s’est engagé en 2014 à redémarrer l’assemblage de véhicules pour particuliers au Nigeria, une activité interrompue depuis plusieurs années, sur son site de Kaduna. En juillet 2015, Volkswagen a annoncé avoir démarré l’assemblage de véhicules de ses gammes Passat, Jetta CC au Nigeria, après y avoir interrompu toute activité de production automobile pendant près de 25 ans.

En janvier 2015, Carlos Ghosn a déclaré que le Nigeria détenait “un potentiel extraordinaire”, comparant le pays au Brésil, même s’il est encore un peu moins peuplé (170 millions d’habitants pour le premier, contre 220 pour le second). « La différence entre les deux marchés automobiles est actuellement abyssale : 3,2 millions de voitures neuves se sont vendues au Brésil l’année dernière, contre 50 000 seulement au Nigéria. Même l’Iran (77 millions d’habitants), qui est moins peuplé, et sous sanctions internationales, achète déjà 1 million de voitures neuves par an », a-t-il observé. « À un moment, le marché nigérian va décoller, c’est inéluctable, mais nous ne savons pas quand, sans doute d’ici 7 à 10 ans ».

Nissan-Nigeria-2

« Puisqu’on est incapable de fixer une date de décollage, ce que nous faisons, c’est de positionner nos marques, pour être prêt le moment venu. Cela passe notamment par l’implantation d’usines d’assemblage pour des grands pays comme le Nigeria, où Nissan compte déjà une implantation industrielle, et où Renault s’apprête à en installer une », a-t-il indiqué. Durant l’année 2015, Renault a en effet signé un partenariat avec une entreprise locale pour la construction d’une petite implantation d’assemblage de 5 000 voitures par an.

Mais les usines envisagées dans les pays porteurs tels que Nigeria, Ghana, Angola et Kenya sont des implantations en DKD (disassembled knocked down, remontage de véhicules démontés) à petite cadence de production, compte tenu des faibles volumes de ventes. Or Renault n’a jamais implanté de telles usines, que ce soit en Afrique ou ailleurs. Son manque d’expérience en la matière explique une partie des difficultés rencontrées par la marque au losange au Nigeria, où le projet est désormais arrêté.

« Nous devons revoir notre stratégie industrielle et trouver un nouveau partenaire. Le Nigeria est le principal caillou dans notre chaussure en Afrique, le décollage du marché n’a pas été à la hauteur de nos attentes : malgré sa population immense seules 40 000 voitures neuves s’y sont vendues en 2015 » a indiqué récemment à Jeune Afrique Bernard Cambier, responsable depuis septembre 2014 de la direction régionale Afrique – Moyen-Orient – Inde, installée à Dubaï.

Car le Nigeria  n’est pas seul dans la bataille que se livrent les pays africains en vue de devenir un hub automobile en Afrique subsaharienne. Ainsi, l’indien Tata a annoncé récemment son intention d’accroître sa présence en Afrique en implantant une base d’assemblage au Kenya. BMW a récemment indiqué sa volonté de renforcer sa présence en Afrique du sud, pour en faire une base de conquête du marché africain. Le Maroc bénéficie déjà quant à lui déjà d’un important pool d’assemblage et de fabrication de pièces détachées pour certains constructeurs européens, tandis que l’Egypte est également une importante base pour  plusieurs constructeurs automobiles.